BAMako, retour simple| regard sur la déportation des étrangers

J’ai toujours été fascinée par les migrations humaines. Surtout celles qu’on ne choisit pas. Réfugiés, rescapés, migrants économiques... j’ai une sensibilité pour l’expérience particulière du déracinement.

À Bamako en 2011, j’ai connu l’Association des maliens expulsés. À travers elle, j’ai rencontré cinq hommes et une femme déportés d’Europe, du Canada, des États-Unis. J’ai eu envie de mettre un visage sur ces personnes mises à l’écart, d’entendre et de partager leur histoire à travers la lentille de ma caméra.

 

Fofana, Keita, Souhad, Doumbia, Dambele, Sissoko...

 

Aucun d’entre eux n’a d’antécédents criminels. Comme la plupart des déportés, c’est un problème de statut légal qui les a obligés à quitter le pays qu’ils avaient choisi. Demande d’asile refusée, visa expiré, travail sous de faux papiers, séjour irrégulier... toutes les raisons sont bonnes pour expulser les migrants « indésirables ».

La déportation est de plus en plus courante en Europe et en Amérique du Nord. C’est une pratique très coûteuse, insensible aux causes profondes des migrations et questionnable au plan des droits humains. Souvent, les migrants sont incarcérés, menottés, escortés jusqu’à leur pays d’origine. Ceux qui résistent sont attachés, bâillonnés, parfois médicamentés ou sous-alimentés afin de s’assurer de leur docilité dans l’avion. Une fois atterris, on les remet aux autorités locales sans se soucier de ce qu’il adviendra d’eux.

 

L’émigration comme moyen de subsistance

 

Au Mali, l’émigration n’est pas une affaire individuelle. Pour payer le voyage d’une seule personne, c’est souvent toute la famille qui se cotise. En échange, le migrant envoie de l’argent pour soutenir tout le monde, palliatif au chômage endémique et à l’économie nationale qui bat de l’aile. Avoir un parent à l’étranger, c’est pour plusieurs une question de survie.

La déportation a donc des conséquences très réelles, non seulement pour les expulsés mais aussi pour leur famille, voire leur village entier. En plus d’être brutalement coupés de la vie construite à l’étranger, les expulsés se heurtent au retour à la pression, au rejet et à l’incompréhension de ceux qui dépendaient d’eux. La réinsertion est souvent difficile, accompagnée d’un sentiment d’inutilité et de perte de sens.

L’histoire de Fofana, Keita, Souhad, Doumbia, Dambele et Sissoko se déroule au Mali, mais elle pourrait avoir lieu n’importe où dans le monde. Elle parle de courage, de rêves brisés et d’un monde inégal où le droit à la mobilité dépend du statut social et de la nationalité.